2. Petite grammaire du cinéma

Quand je fais un film, je me sers d’un appareil capable de transporter mon public d’un extrême à l’autre : je peux le faire rire, crier d’effroi, croire aux légendes, s’indigner, se choquer, s’encanailler ou s’ennuyer. Je suis un trompeur, un illusionniste. Je mystifie, grâce au plus sérieux et au plus étonnant des appareils magiques. Faire des films, c’est descendre, pour ses plus profondes racines, jusque dans le monde de l’enfance. (I. Bergman)

Les plans  L’échelle des plans correspond à la grandeur des êtres animés, objets ou éléments de décor représentés dans l’image par rapport à la taille de celle-ci. Elle  traduit le rapport de la proportion entre le sujet de la photo et le cadre.

Le plan est la plus petite unité d’un film dont la durée est très variable. Lors de la prise de vue, le plan reproduit un événement tourné en une seule fois, sans arrêt de la caméra .

Plan-séquence Généralement, un film comprend plusieurs centaines de plans, voir des milliers pour certains films d’action hollywoodiens récents. Le plan séquence, très apprécié des grands cinéastes, va un peu à l’encontre de cette tendance puisqu’il consiste en une scène filmée en un seul plan, sans coupure. Le plan est un morceau du film entre deux raccords. Un plan-séquence est donc une séquence composée d’un seul et unique plan, restitué tel qu’il a été filmé, sans aucun montage, plan de coupe, fondu ou champ-contrechamp.

Séquence : suite de plans formant un tout dans la construction de l’histoire. Unité narrative.

La scène d’un film se situe dans un seul et même lieu et repose sur une action ou un dialogue principal, avec normalement les mêmes personnages (comme au théâtre).

Le point de vue (focalisation) :
Cet aspect est d’un intérêt capital. C’est ici que le cinéaste présente la réalité sous tel aspect plutôt que tel autre. Il est donc intéressant de se poser les questions suivantes : que me montre-t-on ? Pourquoi le montre-t-on de cette façon ?

Le point de vue, la focalisation, le regard porté sur le monde représenté dans l’image dépend du cadrage mais aussi de l’angle de prise de vue.

Le cadrage du sujet dans l’image (le cadre), en équilibre ou en déséquilibre, permet de concentrer l’attention, de créer une ambiance insolite, mais aussi de symboliser des concepts abstraits.

L’angle de prise de vue (frontal, plongée, contre-plongée) peut, selon les cas, correspondre à la logique de la situation ou exprimer, par exemple, la puissance d’un personnage, l’angoisse qu’il suscite ou son humiliation, son écrasement, sa solitude.
Le monologue intérieur présente la voix off d’un personnage faisant partager au spectateur ses réflexions en marge du dialogue qu’il tient à l’écran.

L’éclairage et les couleurs:
Le jeu des ombres et des contrastes entraîne un climat sensible qui doit servir le scénario.
Les couleurs peuvent avoir des fonctions symboliques ou dramatiques, pour associer ou opposer des personnages, par exemple.

Les mouvements d’appareils :

Le panoramique (horizontal, vertical ou circulaire) est réalisé lorsque la caméra fixée au sol pivote sur son axe. Il remplit parfois une fonction descriptive ou acquiert une valeur dramatique en introduisant dans le champ visuel un élément inattendu, un danger caché; il relie un personnage à un autre dans un même espace progressivement exploré.

Le travelling (avant, arrière, latéral ou vertical), correspond au regard d’un homme en déplacement : la caméra, le plus souvent posée sur un chariot, voyage (anglais to travel). Il permet, par exemple, de passer d’un plan d’ensemble à un gros plan, contraignant le spectateur à concentrer son regard sur un objet ou un visage.
Le travelling optique ou zoom rapproche ou éloigne très rapidement le sujet du spectateur sans que la caméra se déplace.

La bande sonore :

Le texte parlé peut apparaître en voix « off » ou être dit par les acteurs dans le champ « on ».
Le bruitage est efficace pour accroître le réalisme ou la tension d’une scène. Lorsque, par ellipse, le son est entendu sans qu’apparaisse sur l’écran ce qui produit ce son, il possède un pouvoir d’évocation plus intense exigeant la collaboration active du spectateur.
Les silences acquièrent une valeur dramatique lorsqu’ils s’imposent de manière inattendue pour mettre en valeur les paroles ou alourdir la tension.
La musique concourt aussi à créer l’ambiance d’un film (on a montré que des images identiques accompagnées de musiques différentes, étaient interprétées de façon contradictoire).
Les mots et les sons répètent les informations données par les images (redondance), réduisent la polysémie en orientant le spectateur vers une signification spécifique ou apportent de nouvelles informations.

Le montage : 1 + 1 = 3
Le montage est l’art d’exprimer ou de signifier par le rapport de deux plans juxtaposés de telle sorte que cette juxtaposition fasse naître l’idée ou exprimer quelque chose qui n’est contenu dans aucun des deux plans pris séparément. L’ensemble est supérieur à la somme des parties. (Eisenstein )

Un film ne se tourne pratiquement jamais dans l’ordre selon lequel il sera regardé. Pour toutes sortes de raisons, on filme à la suite les séquences situées dans un même lieu, nécessitant les mêmes acteurs, etc. La manipulation qui consiste à remettre les plans dans l’ordre par découpage-collage s’appelle « montage ». C’est l’opération décisive, l’écriture du film : le metteur en scène allège, supprime, insère, donne une cadence par des alternances de plans, établit des rapports entre sons et images, bref, détermine un style et un sens.

L’expérience de Koulechov et Poudovkine
Cette expérience met en valeur l’importance du montage. Prenant d’abord un gros plan de l’acteur Ivan Mosjoukine, ils l’ont fait précéder d’abord d’une table pleine de victuailles appétissantes puis d’une jeune femme morte, puis d’un enfant. Les spectateurs ont cru voir chaque fois une expression nouvelle dans le regard de Mosjoukine (qui provenait de la même image) : gourmandise, tristesse, joie. Le regard ne prenait sa signification que par l’image qui le précédait. Ce n’est pas un plan en soi qui a un sens, mais la relation des plans entre eux. (H. Agel)

Technique du montage : Le plan-séquence suit les personnages et filme en continu, en principe sans montage. On parle de montage cut lorsque deux plans se suivent sans transition, de fondu enchaîné lorsqu’on passe d’un plan à un autre en les superposant un instant. Citons encore le fondu au noir ou fondu au blanc.
Le rythme du film – La cadence à laquelle défilent les plans constitue le rythme du film. Une succession d’un grand nombre de plans courts provoquent un rythme rapide (« montage sec, nerveux »); des plans plus longs, moins nombreux installent un rythme lent.

Types de montages
Le montage normal suit la chronologie de l’histoire.
Le montage parallèle permet de montrer différents lieux en même temps.
Le montage par champ-contrechamp montre successivement deux interlocuteurs. […]
Le flash-back ou retour en arrière permet de remonter le temps en créant une chronologie nouvelle. Il est quelquefois signalé par l’usage du fondu enchaîné, ou par l’usage de la voix off qui relie le présent au passé ou par d’autres indices. Le cinéaste peut aussi introduire des anticipations (flash-forward) ou jouer sur le ralenti ou l’accéléré et ainsi se rendre maître de l’écoulement du temps.

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