3. Petite histoire du cinéma français

CINÉMA n. m. est l’abréviation courante et généralisée de CINÉMATOGRAPHE, mot composé par les frères Lumière (1892, comme nom propre) à partir du grec kinêma «mouvement», de kinein «mettre en mouvement, mouvoir» et -graphe* «qui transcrit».

  • Le mot désigne l’appareil inventé par les frères Lumière pour reproduire le mouvement par une suite de photographies. La forme abrégée cinéma est immédiate (1893), ce qui montre la popularisation rapide du procédé (phénomène analogue pour métropolitain-métro). En dehors de ce sens historique, cinématographe a été supplanté par cinéma aux sens : «art de réaliser des films» (Cocteau et Bresson continuant d’utiliser la forme longue pour insister sur la signification artistique du procédé), et «salle où l’on projette des films» (un cinéma) et «projection».
  • Cinéma entre dans de nombreux syntagmes. Il a inspiré la locution familière faire du cinéma, équivalent de jouer la comédie avec une valeur péjorative d’«artifice».

Tiré de A. Rey «Dictionnaire historique de la langue française », éd. Le Robert, 2006, p. 757

 

Le Cinéma

À ses débuts, à l’époque des frères Lumière, le cinéma est une technique. Mais, très vite, l’Europe a fait du média de l’image une industrie, avant que les États-Unis ne construisent, à Hollywood, les usines du plus grand divertissement de masse du XXe siècle. À l’aube du XXIe siècle, la télévision, le DVD et le Web ouvrent au septième art de nouvelles perspectives.

Évoquant le centenaire de la naissance du cinéma, le producteur français Daniel Toscan du Plantier affirmait, en 1995

« [II] est né le jour où les frères Lumière ont fait payer aux gens, sur un trottoir, le droit de regarder un film dans une salle obscure. »

Par convention, l’événement marque la naissance du deuxième média de masse, après la presse : le 28 décembre 1895, dans le salon indien du Grand Café – rebaptisé Café de la Paix -, à Paris, les Lumière proposent la première séance payante et publique de « cinématographe », comprenant un programme d’actualités (La sortie des usines Lumière), des scènes familiales (Le repas du bébé) et des saynètes (L’arroseur arrosé). Plusieurs inventions ont précédé cet avènement.

Le cinéma est d’abord un spectacle de foire, comparable au cirque. Il est au mieux une continuation, par d’autres moyens, du théâtre populaire. Mais il devient très vite une industrie et un « mass média », se consacrant dans un premier temps aux « actualités ».

Tiré de Francis BALLE, Les médias, PUF, 2006,  p. 15.

 

Frères Lumière, L’arrivée du train en gare, 1895.

Le premiers films des frères Lumière constituent de façon involontaire, parallèlement à un album de famille (Auguste,1862-1948 et Louis Lumière, 1864-1948), un documentaire social sur une riche famille française à la jonction du XIXe  et du XXe siècles principalement sur la côte provençale de La Ciotât. La célébrité de ce film  tient à l’effet qu’il provoqua sur les spectateurs lors de la première projection. Ils furent épouvantés par l’arrivée de la locomotive en gare de La Ciotât qui vient de l’écran et semble foncer sur le public. Cet effet ouvre déjà de grandes perspectives artistiques puisque la caméra devient un personnage du drame. Les frères Lumière utilisent un objectif qui permet de varier les plans: du plan général au plan rapproché, les objets se rapprochent ou s’éloignent constamment de la caméra. Cette variation des points de vue anticipe les plans successifs du montage moderne. A’ remarquer également le soin du cadrage dans la qualité de la photographie. (d’après un texte-montage de R.Figazzolo)

1)       Minutes 00-03 Lumière : les débuts

28 décembre 1895 premier spectacle public de cinéma payant, un franc, dans une des salles du Grand Café de Paris. Premiers essais filmés de Louis et Auguste Lumière, La sortie des ouvriers des usines Lumière, L’arrivée du train à la gare de La Ciotat, paysages urbains et foires : le cinéma comme instrument de documentation objective, l’indifférence des sujets filmés vis à vis de la caméra, moyen trop « étranger » pour intimider, les 16/18 photogrammes filmés, les 24/25 de reproduction aujourd’hui. Le cinéma ne raconte pas d’histoires car il « documente la réalité » et la réalité n’est pas faite d’histoires.

2)       03-06 Lumière : on commence à raconter.

Les histoires entrent au cinéma. Même les frères Lumière doivent prendre en compte la narration.

On passe d’une simple mais déjà très intéressante documentation de l’existant à la mise en scène d’une histoire, d’abord involontaire et esquissée : Le repas du bébé, où Auguste Lumière  et sa femme donnent à manger à leur enfant, (importance des regards vers la caméra, de la différente attention pour celui qui filme, mais surtout du feuillage que le vent fait bouger), puis planifiée et véritablement récitée devant la caméra, la séquence qui seulement par la suite sera appelée Arroseur et arrosé : un scénario, un espace set, des acteurs et le développement du gag, v. la révérence de l’enfant au public à la fin de la scène.

3) 06-09 Méliès, l’art d’émerveiller.

Une avancée grandiose avec Georges Méliès, déjà homme de spectacle, prestidigitateur, qui a l’intuition des énormes potentialités d’entertainment (amusement) du cinéma.

Des jeux de prestige simples et efficaces dans Un homme de têtes, 1898 aux atmosphères de « kolossal » de  Le voyage dans la lune,1902, v. les décors  de plus en plus complexes et détaillés, les costumes, le jeu mélodramatique, l’utilisation du corps féminin déjà très dénudé pour l’époque : les hôtesses de la fusée.

On remarque l’anthropomorphisme de la lune, l’ironie à l’égard de la science qui ne respecte plus rien : la fusée qui finit dans l’œil du satellite le plus sacré pour les romantiques.

 

  • 09-12 Louis Feuillade, 1915 ; le genre.

Puisque déjà au début du vingtième siècle les « sérials » jouissaient d’un grand succès en Amérique, la France aussi s’essaye aux genres , c’est à dire à des films où ce qui compte c’est plus l’histoire en elle-même que les modes ou l’expertise mis en jeu pour la raconter.

Louis Feuillade, prolifique directeur de la Gaumont, tourne entre 1907 et 1913 jusqu’à 80 films passant par les genres les plus différents. Son personnage le plus connu est Fantomas pour lequel  Feuillade adapte à l’écran les classiques de Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Le criminel par excellence est surclassé seulement par son autre serial  Les Vampires, épopée de criminels guidés par une « égérie ». Le mérite de Feuillade consiste à mêler  des prises de vue en studio à d’autres dans les rues de Paris avec le résultat de  juxtaposer  le « banal » au « fantastique »  créant un climat cauchemardesque encore très moderne.  

 

  • 15-20 Les rêves au pouvoir : les avant-gardes.

Pendant les années 1920 le cinéma subit un processus de transformation radicale d’annulation et de redéfinition des statuts et des procédés expressifs. Un processus qui investit totalement la cinématographie française et qui produisit vraiment, grâce à un intense dialogue entre futurisme, expressionnisme, dadaïsme et surréalisme, quelques monuments de l’Histoire du Cinéma mondial.

Exemples différents mais liés par :

a) la volonté de se placer en dehors de l’appareil cinématographique industriel

b) une forte charge anti-institutionnelle

c) une expérimentation linguistique et expressive.

Séquences tirées de trois exemples : Le ballet mécanique  de Fernand Léger, France 1924,  Anémic cinéma de Marcel Duchamp, France 1926, Retour à la raison de Man Ray, France 1924

Tous films d’avant-garde, plus dada peut-être que simplement surréalistes. Le dadaïsme est, en  effet, un courant artistique qui, comme le soutient Vaché, : « manque de la capacité de créer des projets, il n’a rien à exprimer par ses choix artistiques, il n’a que le sentiment d’inutilité théâtrale (et sans joie ) de tout », un mouvement contestataire qui veut tout détruire et ridiculiser, n’ayant rien de positif à proposer.

 

  • 20-23 A cheval entre les deux guerres : le réalisme poétique

Si c’est Feyder qui donna naissance avec Pension Mimosa de 1934 au « réalisme poétique » ( après les vols pindariques des avant-garde, un retour aux thèmes de la «représentation vraie»),  ce fut avec Julien Duvivier, Marcel Carné et Jean Renoir, fils du peintre Jean Auguste Renoir, que le mouvement s’affirma définitivement. Voilà alors Pépé le Moko de Duvivier en 1937, qui contribua à la renommée mondiale de Jean Gabin ; celui-ci est aussi le protagoniste de l’une des expressions les plus réussies du mouvement : La grande illusion, de Jean Renoir de 1937, dont nous voyons la séquence initiale. Renoir fut par la suite obligé  de s’expatrier aux Etats-Unis, mais il dirigea auparavant La Règle du Jeu considéré à l’unanimité par la critique mondiale un des meilleurs films de tous les temps. (traduction de G. Sebellini d’un texte de R. Figazzolo)

Du cinéma muet au cinéma parlant. Le cinéma muet est un cinéma sans paroles, dont la bande son est inexistante — on parle aussi de film silencieux[ ]. — ou bien constituée de musique enregistrée sur la pellicule ou jouée en direct. Du premier film des frères Lumière, en 1895, au Chanteur de jazz (Jazz Singer), en 1927, le cinéma fut majoritairement muet. Lors de dialogues, les textes des acteurs étaient écrits sur des « cartons », qui apparaissaient sur toute l’image, pendant ou après les avoir vu parler.  Cependant, très tôt, des essais de sonorisation furent tentés. D’abord par l’enregistrement du son sur un support séparé, rouleaux de cire, disque, ou seconde pellicule impressionnée par un procédé photoélectrique. Mais chaque fois, la difficulté majeure était la synchronisation avec l’image et l’amplification encore balbutiante. Le procédé qui mit fin à ces tâtonnements fut l’enregistrement optique du son directement sur le film lui-même. (Wikipédia)

C’est en 1927 avec The Jazz Singer de Warner Brothers que le cinéma devient parlant.  A la musique et les sons s’ajoute le dialogue d’Al Jolson.  Bien que le film soit annoncé comme étant 100% parlant, il s’agit en réalité d’un film muet qui ne contient que quelques séquences sonores.  Le film ne fut pas un succès immédiat,  mais avec le temps il eut un succès commercial important  Le premier film véritablement parlant à 100% est Lights of New-York (Foy, 1928).
A cette époque, il était commun de présenter des bulletins de nouvelles avant le programme principal.  En 1927  le studio Fox développa un système d’enregistrement optique du son.  C’est-à-dire que la bande sonore fut placée sur la pellicule en tant que telle, éliminant ainsi les problèmes de synchronisation.   Les premiers bulletins de nouvelles sonores, les Fox movietones, furent présentés au public quelques mois avant le film de Warner Brothers.  Le système d’enregistrement optique du son devint rapidement la norme au cinéma.  (http://cours.cegep-st-jerome.qc.ca/530-gjb-p.l/dumuetau.htm ).

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