8. Cinéma : La haine

Adapté de Wikipédia 

Titre : La Haine

  • Réalisation : Mathieu Kassovitz
  • Scénario : Mathieu Kassovitz et Saïd Taghmaoui
  • Production : Christophe Rossignon
  • Directeur de la photographie : Pierre Aïm
  • Bande sonore : Assassin (Groupe rap)
  • Montage : Mathieu Kassovitz et Scott Stevenson
  • Date de sortie en France : 31 mai 1995
  • Présentation : Festival de Cannes ; Prix pour la meilleure mise en scène
  • Format : Noir et blanc
  • Lieu du tournage : Chanteloup-les-Vignes, Cité de la Noé
  • cteurs : Vincent Cassel, Saïd Taghmaoui , Hubert Koundé

Synopsis et commentaire

Le récit se déroule au lendemain d’une nuit d’émeutes opposant la jeunesse et la police dans la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes (78). Ces émeutes suivaient la bavure d’un inspecteur du commissariat qui avait sérieusement blessé Abdel Ichaha, un jeune résident de la cité, lors d’une garde à vue. On suit les péripéties de trois jeunes amis d’Abdel Ichaha.  Vinz, au tempérament violent, a soif de vengeance au nom d’Abdel.  Hubert, d’origine béninoise, dealer de haschisch, ne pense qu’à quitter la cité pour une vie meilleure. Saïd tient un rôle de médiateur entre Vinz et Hubert  .

La nouvelle se répand dans la cité qu’un policier a perdu son revolver durant la nuit des affrontements. On apprend très vite que Vinz l’a trouvé et qu’il compte l’utiliser pour tuer un policier au cas où Abdel Ichaha ne sortirait pas du coma . Hubert le désapprouve. L’usage du revolver est un leitmotiv : Vinz le garde en permanence dans son pantalon,  s’attirant constamment les remontrances d’Hubert.

Le film met donc en scène la vie de jeunes banlieusards autour de leur haine pour les forces de  l’ordre, ce qui fut à l’origine d’un débat d’opinions concernant son influence, en tant qu’œuvre cinématographique, sur la société. « La haine » devient alors une expression des cités : « j’ai la haine » (j’ai la rage). Le contexte lié à la sortie de ce film faisait suite à quinze années de perturbations croissantes dans les zones urbaines périphériques, qui ont considérablement choqué l’opinion publique et modifié sa perception.

Le film a été tourné en couleur, mais les copies films ont été tirées en noir et blanc. Originellement, la diffusion TV était prévue en couleur, mais devant son succès, le noir et blanc a été conservé. Le scénario a la structure d’une tragédie (les 3 unités : de lieu, de temps, d’action); deux caractéristiques qui donnent une forme classique à un sujet qui d’ordinaire est réservé aux actualités télévisées. Le découpage des scènes qui affiche l’heure de la journée contribue à l’intensité dramatique d’ensemble, et suggère l’impression d’un rythme pressant, d’un contrôle continu, auquel il est impossible de se soustraire, car ces gens ne sont jamais laissés en paix, quelle que soit l’heure de la journée.

L’élément fédérateur tout au long du film concerne les comportements du personnage de Vinz, à la psychologie comparable à Travis dans Taxi Driver , joué par Robert De Niro, réalisateur l’américain Martin Scorsese, comparaison qui le fascine au point de rejouer la scène qui teste ses expressions de dureté face au miroir de sa salle de bain :

« C’est à moi que tu parles ? » Les deux amis de Vinz vont tenter au fil des scènes de le faire raisonner face à la fureur qui le traverse.  Mais la succession des événements sera la plus forte et finalement c’est Hubert qui va utiliser le revolver contre la police.

transcription

1ère séquence

 Vous êtes des assassins !

Vous tirez euh,c’est facile euh ! Nous, on n’a pas d’armes, on n’a que des cailloux!

C’est l’histoire d’un homme qui tombe du cinquantième étage. Au fur et à mesure de sa chute il répète pour se rassurer : « jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici, tout va bien ». Mais l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

La speakerine aux informations télévisées :

La Cité des Muguets a vécu, cette nuit au rythme des émeutes jusqu’au milieu de la nuit. Une centaine de jeunes a littéralement assiégé le Commissariat de Police qui se trouve au milieu de la Cité. Des batailles rangées ont fait 14 blessés du côté des forces de l’ordre. 33 émeutiers ont été arrêtés. Les casseurs ont fini par saccager une partie du centre commercial ainsi que quelques bâtiments avant de se disperser à 4 heures du matin. Ces émeutes font suite à la bavure d’un des inspecteurs du Commissariat des Muguets. Il y a deux jours il avait sérieusement blessé un jeune pendant une garde à vue. L’inspecteur a été démis de ses fonctions. Mais Abdel Mucha est toujours en observation à l’hôpital Saint George où son état est jugé grave par les médecins.

 De la fenêtre d’un immeuble de banlieue :

  • Eh, fils, tu dors ? qu’est ce qu’il fout çui-là ?
  • Quoi ? (la sœur de Vinz)
  • ça t’arracherait les poils du cul de dire bonjour ?
  • qu’est-ce que tu veux là ?
  • Je peux pas le faire. (ou bien la ferme.)
  • dis lui de descendre.
  • dis lui de descendre
  • je peux pas le faire.

 Un homme à une autre fenêtre crie :

  • ….  Arrête de gueuler. Qu’est ce qui se passe là ?
  • Tu m’as vu cette nuit dans la rue, non ?…..alors t’occupe pas
  • ….. imbécile !
  • Et alors, tu l’appelles ou tu dors, toi ?
  • C’est lui qui dort. Moi, j’en ai marre. J’me fais engueuler,  T’as qu’à essayer, toi !
  • l’homme à la fenêtre continue de menacer
  •   Et Saïd de répondre :vas-y arrache-toi. T’es encore là, toi !?
  • ….imbécile !
  • C’est toi qui va brûler !

2ème séquence

 Dans la chambre de Vinz.

  • Eh fils !
  • Quoi ?. Ta gueule Saïd.
  • Comment tu parles de ma sœur ? Qu’est ce que tu as à dire contre ma sœur  ?
  • … bouge de là tu pues de la gueule.
  • Ah, tu veux flamber dès le matin et vas-y 1,2,3.T’as perdu.
  • et ta sœur, bâtard !
  • Casse-toi !
  • Pauvre juif, va !.J’te fais un carton, Tu veux flamber avec moi hein ?
  • J’ai vu une vache.
  • T’as vu une quoi ?
  • une vache . Hier soir, pendant les émeutes, je cours, je passe derrière une tour….. Pof et je tombe sur une vache !
  • Ah, ouais ? Arrête de fumer.. ça va vraiment te faire du mal.
  • (la sœur de Vinz) : Allez, dégage !… vous fumez de la drogue, là !
  • vas-y, dis-le… je t’égorge.. j’t’attrappe par les pieds….(suivent menaces)
  • Mamie ! mamie !
  • à Saïd) :allez, viens, toi ! (à sa sœur) :vas-y. bouge-toi.
  • Mamie ! Mamie ! allez, vas-y, casse toi ! balance, va !
  • Vinz (à sa sœur) :bouge, bouge toi.( à Saïd) Parle pas comme ça à ma sœur. Où tu vas, toi !

 Vinz devant la glace :

  • c’est à moi que tu parles ?
  • C’est à moi que tu parles !?
  • C’est à moi que tu parles comme ça ? oh.oh. oh !
  • Les mecs !_C’est à moi qu’il parle ?
  • Putain,_ c’est à moi que tu parles comme ça, mec ?
  • _’est l’histoire d’un mec qui dit à son copain : » Je crois que je ferais n’importe quoi pour de l’argent. Je crois que je tuerais même des gens, Je te tuerais même toi pour de l’oseille (argent).
  • …… à des flics. Il lui fait :
  • C’est quoi ?
  • Mais non, je rigole, toi. T’es mon ami, je te tuerais pas pour de l’argent, C’est gratuit, c’est gratuit ! c’est pas mortel ça comme phrase ? Le mec il lui dit « toi, je te tue gratuitement. Eh,eh eh, c’est pas mortel, ça ? c’est pas mortel, ça ? Saïd ( à un gosse qui passe :Dis-lui qu’il vienne me voir)
  • eh c’est pas mortel le mec qui lui dit moi, je te tue gratis.
  • Alors arrête de parler !
  • C’est pas mortel ça ?… Qu’est ce qu’on peut faire de mieux, qu’est ce qu’on peut faire d’autre ?
  • Mais qu’est-ce que tu as ? t’es bouché du cul ou quoi ?

Des questions sur la Haine : trouvez les réponses

1.       Quand le film est-il sorti ?
2.       Où a-t-il été présenté ?
3.       Réalisateur :
4.       Scénario
5.       Acteurs :
6.       Bande sonore
7.       Donnez votre explication du titre

8.        (1ère séquence : générique) La première scène avant le titre : la personne qui s’adresse à la police comment est-elle filmée ? Pourquoi, quel sens donner à cette  perspective ?
9.  Qu’est-ce qui suit immédiatement cette première scène ?
10.   L’homme qui tombe : comment expliquez-vous ses paroles ?
11.   A quelle image est-il associé ? Comment l’expliquez-vous ?
12.   Que pensez-vous du noir et blanc ? Quel sens lui donnez-vous ?
13.   Les scènes qui suivent. Documentaire ou fiction ? Ici est filmée l’opposition entre qui ?
14.   La police comment est-elle présentée ?
15.   Quelle est la fonction du générique ici ?

16.    (2ème séquence) Qu’est-ce qui marque le passage du générique au début de la narration filmique ? Comment on entre dans le sujet du récit ? Quelle est la fonction de la télé (média) (lire transcription des actualités) ?
17.   Le point lumineux qui interrompt l’émission:qu’est-ce qu’il mime ? Par quel son est-il suivi ?
Pourquoi ?

18.   Qu’est-ce qui précède l’entrée en scène des 3 personnages ?
19.   Quelle présentation de Saïd ?quels sont ses traits principaux ?
20.   Vinz : comment est-il présenté ? En deux moments: décrivez-le par quelques adjectifs
21.   Que diriez-vous de la langue employée ? Y a-t-il quelque chose de pareil pour l’italien ?
21.   Qu’est-ce que le verlan ?
22.   Dans la scène devant le miroir quel autre film et quel autre acteur est-il cité ?
23.   Présentation de Hubert : est-il différent ?
25.   Fiction ou documentaire ?      Le Paris d’Amélie et celui de la Haine ……………………..
25. La vie dans les banlieues

 

ANALYSE DES 3 SEQUENCES

Traduction d’une analyse rédigée par Roberto Figazzolo.

La Haine 1. Première séquence : générique de début

Cartons noirs, lettres en blanc : c’est le cinéma muet le plus classique, mais le caractère des cartons révèle aussi une certaine adhésion à des critères esthétiques différents, il est simple, basilaire, raffiné, recherché justement parce qu’il est si basic.
Entre autres sur les cartons aucun commentaire musical, il y a le silent movie.

Avant le titre du film une déclaration de principe, une prise de position nette et précise. A travers une prise de vue, clairement documentaire, on voit un homme seul qui défie la police déployée à l’horizon. Le message apparaît encore plus clair avec le sonore : « C’est facile pour vous, vous avez les armes, nous, nous n’avons que les pierres. »
 En plus la caméra est derrière le manifestant. Dès la première scène nous savons dans quel camp nous serons, quel est le camp choisi : avec ceux qui protestent, contre la police.
Puis une section nettement de fiction . Voix off de l’homme qui est en train de précipiter, la prise de vue en studio de la molotov qui tombe et incendie le monde : ce que vous allez voir ne concerne pas seulement la banlieue d’une ville déterminée, à un moment déterminé, ce qui est décrit ici est désormais universel, et nous concerne tous. Faire semblant de ne pas voir signifie réagir comme celui qui est en train de précipiter et qui peu à peu, pour se tranquilliser se dit à lui-même : «  jusque là tout va bien, jusque là tout va bien. Le problème n’est pas la chute. Le problème c’est l’atterrissage ».
Que là se trouve la morale absolue est souligné aussi, peut être de façon un peu trop pédagogique, par la répétition de la phrase à la fin du film.
Du feu de l’incendie fictionnel à l’incendie de l’auto en prise de vue documentaire (la fiction peut servir à rendre le documentaire, c’est à dire la vraie vie, plus compréhensible).
Suit une série de prises de vue documentaires, apparemment télévisées, qui opposent la police aux manifestants.
Les uns organisés, tristes, cuirassés comme à la guerre, déployés militairement ; les autres anarchiques, joyeux, multicolores, bien que filmés en noir et blanc.
Lorsque se produira l’affrontement, il sera facile d’imaginer qui subira le plus mauvais sort. Et les prises de vue du générique le montrent sans aucune censure.
Comme pour nous rappeler la valeur particulière de ces images, la scène comme spéculaire, d’une autre caméra, maniée par un policier, derrière la barrière évidente d’une grille métallique : ce seront des images laides, sales, peu soignées, filmées de façon approximative et rapide, mais elles possèdent la grande valeur ajoutée d’avoir été réalisées sur place, à ce moment précis, d’être en somme vraies, authentiques.

 La Haine 2, 2 bis. Deuxième séquence : incipit sans en avoir l’apparence.

Le passage habituellement brusque, ou qui pose de toute façon un problème, entre générique (de début) et après générique /début de la narration, se produit ici de façon atypique sans solution de continuité. C’est une bonne idée et ce ne sera absolument pas la seule pour tout le reste du film.
un certain moment les prises de vue sont toujours documentaires et télévisées, mais, à l’opposé des scènes précédentes, nous commençons à percevoir le sonore des coups, des coups de feu, des désordres. Puis la voix intervient, d’abord hors champ, puis dans le champ de la journaliste du tg.
Elle parle des mouvements de protestation en banlieue, son point de vue est déjà moins aligné, même s’il ne prend pas totalement position pour la police. Du point de vue de l’information, la cause qui a provoqué les désordres est précisée, la blessure grave (la « bavure » d’un policier) d’un jeune homme du quartier qui est maintenant en observation à l’hôpital, mais sans trop d’espoir de s’en sortir.
L’écran s’interrompt avec un petit point lumineux, comme si nous avions éteint la télé. Carton noir avec des chiffres en blanc : seulement l’indication d’une l’heure : 10.38. C’est le premier des cartons. Tout le film  vivra dans l’arc de temps de quelques heures, moins d’une journée entière, scandé par ces cartons : belle unité d’espace, Paris et sa banlieue ; de temps, moins de 24 heures ; et d’action, la prise de conscience, même violente, d’un conflit apparemment irrémédiable entre riches et pauvres, même dans une société apparemment ouverte comme la société française , ou mieux parisienne.
Mais le temps est en train d’expirer, et en effet un un tic tac souligne justement le passage de chaque seconde.
Plans en travelling et puis en avant sur Saïd, un des trois protagonistes, qui se moque de la police, déployée devant lui et menaçante. C’est le héros positif, c’est le ménestrel qui  joue face au  pouvoir, viril, fort et plein de suffisance, le bafouant  avec des mots écrits au crayon feutre indélébile derrière un des véhicules blindés : « Saïd nique la police ».
Alors que nous imaginons que Saïd regarde encore les policiers déployés , lui est déjà derrière qui tagge sa protestation.
Dans la scène suivante apparaît « l’autre personnage » important de l’histoire, la banlieue. La façade anonyme d’un grand immeuble, une place non-place, où tous s’arrogent le droit de communiquer avec rage quelque chose à tous les autres.
Vinz est introduit par une  scène de bal, dans le couloir d’un garage souterrain, sur une musique klezmer (musique traditionnelle des juifs ashkénazes, venant d’Euope Centrale).
Ses origines, le dialogue avec la famille nous le confirmera, sont juives, même si lui se sent à tous les effets un  «  arabe de banlieue » : «  c’est toi qui veux être le prochain noir à crever dans un commissariat ? moi non ! ». Une panoramique circulaire à 360° dans la chambre de Vinz a le mérite de :

  • -montrer le milieu dans lequel il vit, les meubles et les objets qui l’entourent
  • -montrer que l’espace est étroit et claustrophobique
  • -être formellement irréprochable : rien de plus et rien de moins que le nécessaire. La caméra s’arrête  pour enregistrer le dialogue entre Saïd et la petite sœur de Vinz, puis continue par une rapide panoramique de 90° et termine son parcours de 360° revenant à Vinz assis sur le lit, son point de départ.

Trouvaille : citation de De Niro dans Taxi Driver (de Martin Scorsese)  par Vinz devant la glace. Elle est ironique et consciente, très théâtrale et littéraire, mais la banlieue aussi a ses mythes.

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